24/08/2011
Résidence de création du 29/08/2011 au 16/09/2011 THEATRE DE PRIVAS
"LADUMALLE 71 CRIEUR PUDIQUE"
13/08/2011
Discours d’ouverture du Festival des Articulés 2011
de Marion Merchat Présidente de la Compagnie Janvier
Voilà quelques années maintenant que la Compagnie Janvier, sous la houlette de Luisa Gaillard Sanchez œuvre à la tenue de cet événement qu’est le festival des articulés sur la Commune du Cheylard. C’est à sa demande et en tant que présidente de la Compagnie janvier que je me permets de prendre la parole aujourd’hui, afin de remercier l’ensemble des partenaires de cet événement (communauté de communes, commune du cheylard, arche des métiers, office de tourisme, Région, théâtre de privas, Train théâtre, …
Le festival existe donc, depuis 21 ans et c’est tant mieux. Mais force est de constater que le Cheylard fait, malheureusement, figure d’exception et que c’est – et aujourd’hui plus encore – une véritable gageure que de financer au niveau d’une communauté de communes un festival de cette ambition et de cette qualité. Qui plus est dans un pays où le monde politique n’a malheureusement jamais pris la mesure de l’importance capitale de l’activité culturelle pour l’équilibre de notre société tendue et nerveuse.
Nous nous rendons compte de ce que cela signifie, rendez-vous compte :
Cela signifie : accueillir les artistes dans des conditions décentes, les nourrir correctement, soutenir leur travail, reconnaître leur courage et s’en montrer digne, comprendre leur mission, leur révolte, les payer dignement pour le travail fourni (car ne vous y trompez pas, c’est un travail !), prolonger leurs œuvres par les outils de la politique voire même, prolonger ces outils, s’ils manquent au râtelier.
Cela signifie : souffrir intimement devant l’inégalité toujours criante qui prive certains territoires de l’accès à la culture, et c’est être capable de proposer autre chose contre cela que la seule gratuité des musées comme qui s’en lave les mains. Au Cheylard vous avez deux cinémas, une compagnie en résidence, une festival de théâtre… chapeau bas !
Parler de tout cela en ces temps de rigueur économique et d’indignation massive contre l’envolée du coût de la vie peut sembler largement loin des réalités. Oui, la culture coûte cher, non ce ne devrait pas être le privilège de quelques spectateurs au sang bleu mais une denrée élémentaire partagée, offerte à chacun, la pensée étant aussi vitale que le pain. C’est ce que nous défendons au Cheylard pendant trois jours, avec des spectacles souvent gratuits et n’excédant jamais 6 euros. Ce festival se veut donc à sa manière un outil militant.
Avec les Articulés, nous défendons l’existence d’un petit festival à taille humaine, étendu sur trois jours au sein d’une commune en milieu rural, et défendons également le maillage étroit des artisans de la culture composé de petites compagnies actives avec lesquelles nous nous lions. Cet événement est également enrichi humainement grâce à la présence de bénévoles, tous impliqués dans les activités de la Compagnie Janvier (amateurs ou élèves bénéficiant d’interventions en milieu scolaire) qu’ils soient ici ouvertement et chaleureusement remerciés pour leur aide précieuse et leur présence à nos côtés. Un maillage resserré donc, un tissu (d’humains qui n’a d’autre ambition que de créer du lien. Nous défendons cela, nous nous battons pour cela, pour qu’il soit encore possible de faire de belles choses en dehors des grands événements et les grandes structures dévoreuses d’espaces et de subventions, lesquelles en célébrant leur excellence rendent rapidement inaudibles et privent d’outils la culture de proximité, la sensibilité voisine.
Nous nous battons enfin, et surtout, au côté des élus, pour que la culture ne disparaisse pas des préoccupations élémentaires de nos communes, de nos communautés de communes, de nos régions et de l’état ; au même titre que la voirie, l’assainissement des eaux usées, la sécurité, le plan local d’urbanisation… et que la question culturelle ne disparaisse pas des débats publics.
Arriver à comprendre qu’investir dans la culture c’est investir dans la paix.
C’est répondre à l’insécurité des villes dont on nous rabat les oreilles comme pour mieux nous convaincre
C’est protéger la démocratie en ces temps de procès pour dessins incorrects
C’est s’autoriser et autoriser ses à administrés la possibilité de penser, de sentir, et de le dire, qu’elle qu’en soit l’issue
C’est prendre le risque de proposer à l’ensemble des élèves traversant le milieu scolaire un horizon autre, une pensée différente que celle dont ils héritent dans leurs familles
C’est lutter contre le cancer sans cesse renaissant d’une société xénophobe, homophobe et j’en passe
C’est construire des citoyens et conjuguer le verbe « républiquer »
Vous l’aurez compris, la culture est indissociable du politique en ce qu’elle œuvre pour la vie de la Cité. Et je vous laisse, après ce long discours, méditer sur la surprenante absence de la question culturelle dans le débat politique actuel, alors que nous sommes pourtant – et on ne le sait que trop – à l’aube d’une année électorale.
A bon électeur, à bon spectateur, salut !